Marie, ou la consécration sacrificielle de la féminité

La célébration de la naissance de Jésus le 25 décembre à Bethléem approchant, c’est l’occasion pour nous de revenir sur le destin de sa mère, Marie, figure par excellence de la protection et de la bienveillance. Que représente-elle dans la vie de son fils ? Et quels sont les différents cultes qui lui sont rendus ? C’est du moins ce que nous tenterons de voir dans l’article suivant.

Marie
Crédits illustration : Eva Silva

Petite vie romancée de Marie

Marie, Sainte-Marie, Vierge Marie, Notre Dame, Sainte Vierge, c’est ainsi que les croyants la prénomment. Elle apparaît aussi sous le nom de Maryam, en hébreu ou bien encore Maria en grec. Cette femme de la famille de David, habitant la Galilée, a souffert dans sa chair comme son propre enfant. Elle représente en tout point la consécration sacrificielle de la féminité, c’est-à-dire son basculement progressif du domaine du profane dans celui du sacré. Une féminité exacerbant la notion même de sacrifice puisque, avant la naissance de Jésus, elle portait déjà en elle l’ombre d’une croix. Une croix qu’elle contemplera avec douleur, assise auprès de son fils mourant. Si les textes des Évangiles se font peu bavards sur la vie de Marie, il faudra attendre le concile d’Ephèse en 431 pour que le culte marial prenne véritablement son essors. Revenons alors à l’écoulement de sa vie. L’Evangile selon Saint Luc rapporte d’abord l’annonce de « la bonne nouvelle » à cette femme qui n’a pourtant point connu d’homme. « Comment se fera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? » demande-t-elle à l’ange, surprise. Celui-ci de répondre « l’esprit saint viendra sur toi et sera appelé fils de Dieu ». À ces mots, Marie consent. La voilà bientôt mère, condamnée à supporter l’ineffable, celle de la perte certaine d’un fils, sacrifié sur la croix. Si les Evangiles disent peu de chose sur la vie de Marie, ils racontent qu’à la naissance du Christ, elle l’a présenté au temple pour le circonscrire, accompagnée de Joseph. La voilà épaulant son enfant, l’accompagnant avec tendresse dans son éducation. Eclipse narrative cependant jusqu’aux noces de Cana, près du lac de Tibériade, en Galilée, où on la trouve au côté de son fils Jésus. Dans le courant de la noce, quelqu’un interpelle le maître de maison, le vin vient à manquer. Alors, Marie, portée par une confiance sans limite en son fils, l’incite à agir. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » rapporte les Évangiles selon Saint-Jean. Le miracle s’accomplit, et l’eau fut changée en vin et la noce se finit dans la gaieté et la joie. Enfin, Marie présente, Marie souffrante aux prémices de la mort de Jésus. On la retrouve sur le chemin de la Croix ; suivant son fils la supportant sur ses épaules ; se tenant à ses pieds, implorante. Elle incarne en ce sens aux yeux des fidèles et plus largement le symbole puissant d’une mère au chevet de l’enfant mourant. Mais elle est surtout celle qui fait office d’intermédiaire entre dieu et le monde des hommes. De nombreux épisodes de la vie de Jésus en témoignent : Marie sera toujours celle qui se glisse entre eux pour rendre compte des potentialités de son fils. Elle est d’abord ce corps qui reçoit « l’esprit saint », et puis cette âme qui aide Jésus à s’affirmer, elle le guide, l’oriente, s’émeut de son sort. En d’autres termes, Marie fait lien, tisse l’habit de l’amour inconditionnel, elle est l’incarnation la plus pure des souffrances humaines. C’est pourquoi, elle représente dans la religion chrétienne une place considérable et s’impose aux yeux des croyants comme une figure à chérir et vers qui se tourner lorsque l’existence laisse place aux maux de l’âme. Mais plus précisément, comment la célèbrent-ils aujourd’hui ?

Marie dans la vie des chrétien.ne.s

  • Les fêtes mariales

Si en Occident, le développement du culte marial a été progressif, si Marie n’est pas une déesse mais devient pourtant une figure emblématique du Christianisme, il s’impose véritablement grâce aux dogmes, comme celui de l’Assomption en 1950. Conçue par ses parents sans la marque des faiblesses humaines, elle est la femme emplie de grâce, celle que l’on nomme l’Immaculée Conception, fêtée d’ailleurs par ses croyants le 8 décembre. C’est pourquoi elle a pu enfanter selon l’Eglise de cet enfant de Dieu. De nombreuses fêtes lui sont en effet accordées tout au long de l’année : l’Annonciation, la Visite ou encore la nativité sont objets de solennités. On réserve également traditionnellement le samedi comme sa journée de célébration. Le 25 mars, les croyants de l’Eglise catholique fêtent l’Annonciation du Seigneur (célébrée depuis le milieu du Xiième siècle). Cette fête, extrêmement importante pour les Chrétiens, commémore l’Annonce faite à Marie par l’Archange Gabriel ; elle représente en effet le miracle de la conception de Jésus, qui reste bien entendu une question de foi. La Visitation quant à elle est fêtée le 31 mai. Il s’agit de célébrer la rencontre entre Marie et sa cousine Elisabeth, alors enceinte et le miracle d’essence divine qui se produisit. Lorsque la vierge a salué Elisabeth, son enfant, Jean-Baptiste, encore dans le ventre s’est mis à tressaillir de joie. L’évangéliste Luc précise même que sa cousine fut à partir de cet instant traversée par l’esprit saint. On comprend alors tout le sens que peut signifier pour les croyants une telle fête : elle représente en effet selon la synthèse du journal La Croix « une charité attentive ; une joie d’un coeur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus. ». Enfin, autre fête notable, celle de l’Assomption de Marie, célébrée le 15 août, c’est-à-dire sa montée au ciel par Dieu sans avoir même connu la mort. Ainsi, Marie ritualise-t-elle la vie des croyants. Elle représente pour eux un immense symbole d’amour, de tendresse et de protection. Marie, mère de Dieu, conçue sans péché, guide les croyants vers Jésus, elle apaise, regarde de manière bienveillante celui qui prie pour elle. Et si les croyants l’invoque, c’est d’abord pour demander son aide comme en témoignent les lieux de pèlerinages qui lui sont consacrés.

  • Pèlerinage et apparitions mariales

Les lieux de prières dédiées à la mère du Christ sont apparus très tôt dans l’ère chrétienne. C’est par exemple le lieu de son Assomption qui est honoré dès les premières années. Elle a pu donc à travers le temps faire l’objet de cultes dans des lieux particuliers. Aujourd’hui, on lui dédie des pèlerinages aux endroits où elles a pu apparaître à certains mortels. Cet acte de dévotion consiste à se rendre dans un lieu où elle a surgi par miracle. On peut noter à ce titre trois sanctuaires majeurs : Notre-Dame de Lourdes (6 millions de pèlerins par an), Notre-Dame de Guadalupe au Mexique avec plus de 15 millions de pèlerins par an, et enfin Notre-Dame de Fatima au Portugal représentant près de 4 millions de pèlerins par an. En ce sens, il existe dans le monde un véritable culte rendu à Marie de manière effective, totalisant à la fois le corps et l’âme, afin de rendre hommage à celle qui fait figure d’intermédiaire entre les hommes et dieu, insociable du Christ. La prière à Marie se décline quant à elle en de multiples appels. Du « Je vous salue Marie » au « Salve Regina », prière demandant à Notre Dame la compassion et la miséricorde ainsi que la consolation, l’esprit et le salut en passant par le « Stabat Mater », médiation sur une Marie en larmes, contemplant son fils crucifié, beaucoup témoignent de la consécration sacrificielle de la féminité qu’incarne cette mère aux yeux de l’Eglise. En ce sens, la spiritualité mariale apparaît comme multiforme, s’adaptant au grès des ferveurs populaires, aux plus grands mystiques et théologiens.

Marie ou la consécration sacrificielle de la féminité – Sa résonance dans l’imaginaire culturel occidental

Mais quelle résonance cette figure a-t-elle dans l’imaginaire culturel occidental ? A l’époque romane, le terme de Notre-Dame apparaît en même temps que de nombreux sanctuaires et églises consacrés à la Vierge. Elle y est perçue comme trônant à l’entrée des sanctuaires, synonyme de sagesse. C’est aussi à ce même moment que le thème de la vierge à l’enfant fait son apparition dans l’art roman. On peut la distinguer généralement la tête droite, assise sur une cathèdre, immobile et majestueuse, le regard au loin, elle tient son enfant sur son genou gauche, il tient un livre qu’il bénit. Ces vierges siègent en véritable « Trônes de la Sagesse » et ont pour rôle la figuration du mystère de l’Incarnation. Si Marie occupe une place discrète dans les Évangiles, elle tend grâce à l’art roman à s’affirmer comme figure emblématique. D’ailleurs, en procession, les foules de croyants se glissaient dernière ces statues de la Vierge et la suivaient dans la marche, aujourd’hui encore ces processions s’effectuent. C’est donc au XIIème siècle que s’est développé véritablement le culte marial, se déclinant dans de multiples représentations. Pendant la période gothique au contraire, on la représente plus accessible, moins hiératique. Les vierges gothiques du XIV siècle affichent d’ailleurs un sourire nouveau, elle est plus rassurante, peut-être aussi davantage humaine. Aussi, à travers le temps, Marie s’affirme-t-elle dans de nouveaux cultes qui lui sont dédiés et surtout à travers l’art italien qui lui voue une certaine fascination. Au XV et XVI siècle, les peintres la représente comme celle qui protège son enfant mélancolique, celle qui regarde au loin, sa position fait transparaître la volonté de retenir son fils qu’elle semble savoir condamné. En témoigne l’oeuvre de Léonard de Vinci représentant Saint-Anne, la Vierge et son enfant qu’elle semble vouloir arracher de l’agneau faisant figure de sacrifice. Le fils et la mère, à l’unisson, en sont conscients. Marie n’est-elle alors pas cette figure quasi christique qui transfigure le sacrifice ? Sa féminité ne repose-t-elle pas en effet sur le don entier et désintéressé de sa personne ? Une féminité glorifiée parce qu’elle est mère et parce qu’elle souffre. L’iconographie mariale la représente comme sainte ultime, celle dont la douleur dépasse la douleur physiologique car elle sacrifie son propre fils. Elle garde alors toujours sa bienveillance et son caractère protecteur.

Sans prétention d’exhaustivité, voici sans doute les grandes caractéristiques attachées à Marie. Si sa vie est peu rapportée dans les Evangiles minimisant son rôle auprès du Christ, les dogmes instituées par l’Eglise, quant à eux, impose peu à peu une véritable louange à la mère de Jésus. Que cela soit à travers les cultes, les prières, ou encore dans l’iconographie mariale, elle a pu s’imposer comme mère bienfaitrice, protectrice mais surtout comme figure intermédiaire entre les croyants et Dieu, la respectant comme un personnage sacré, mais accessible aux humains.

Alix BROUILLON

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